Une nouvelle bonté

128Un soir, un bonheur fou à écouter et voir, Boris Berezovsky interpréter au piano « Petrouchka » d’Igor Stravinsky. Le lendemain, encore animée de la joie puissante que procure la musique portée par ce virtuose d’une incroyable humanité, entendre soudain, en face de soi, la voix blanche d’une proche recevant au téléphone la nouvelle de la noyade du mari d’une amie syrienne et de ses deux enfants, au large de la Turquie. Réfugiés ? Quel refuge ?

La vie, dans son actualité tissée de cruauté, nous éprouve. Mais elle nous aime, aussi, nous nourrit, nous abreuve. Merveilleusement. Plus que jamais, dans ce monde d’une violence inouïe, dans l’océan des illusions qui mènent la danse, notre esprit traverse des tempêtes émotionnelles trop souvent indicibles. Dualité, manichéisme… L’arbre magnifique (sans âge) du langage et de la connaissance tronçonné à tour de bras par les manipulateurs d’opinion visiblement sur-dopés au goût du pouvoir, tout cela concourt à épuiser notre équanimité. Pourtant la lumière du jour. Pourtant l’aspiration au bien.

Comment situer nos choix de vie, écologiques, éthiques, culturels, nos bonheurs, en regard des douleurs du monde ? De la planète ? A travers la pratique de la simplicité, l’humilité, la sobriété et paradoxalement de la joie, sans doute. Des moyens à notre portée. Plus que jamais, cultiver notre rapport à la Terre fait de contemplation, de tempérance et de gratitude discrète, socle de notre action quotidienne. Ne pas clamer ou déclamer, pas de postures, mais être, dire, écrire. Se manifester coûte que coûte. Et se rappeler Aimé Césaire: « Une nouvelle bonté ne cesse de croître à l’horizon ».