TANT PIS POUR LE SURF !

Quelle histoire ! Il paraîtrait qu’être bien signerait un échec. Une résignation à vivre sous « l’emprise du mou ». Aussi vif et déterminé qu’un moelleux au chocolat. C’est un philosophe qui le dit : Benoît Heilbrunn dans son nouvel essai, « L’obsession du bien-être »*. »Par son aspect coulant, son goût sucré, sa texture fondante, ses saveurs rassurantes et sa forme indéterminée, le moelleux au chocolat donne peut-être la meilleure image de cette nouvelle idéologie qui n’est qu’une permanente esquive de toute forme de résistance ». 
Nous voilà bien ! À rechercher le bien-être, ne serions-nous que de pauvres ravis de la crèche en voie de mutation moelleuse, dégoulinante de confort ? Le fait de ne pas aimer le goût sucré ne change rien à l’affaire :
loin de toute dérision, la question est sérieuse. Notre quête de bien-être est nulle, nous sommes nuls, soumis à un nouvel impératif social pour les nuls. Le monsieur du livre l’a dit.
On nous précise, dans l’essai en question, que le bien-être ne s’apparente en rien au bonheur qui, lui, est bien. On avait compris. Matthieu Ricard, notre ami moine bouddhiste, peut méditer tranquille (il dort peu) sur bonheur et souffrance, rien dans cette critique du bien-être ne le concerne. Ouf ! On a eu peur, parce qu’au-dessus de Matthieu Ricard se tiennent d’immenses maîtres tibétains de méditation qui ont fait gentiment leurs preuves en matière de cheminement vers le bonheur, autrement dit la sagesse et la compassion. Rien à voir avec l’esquive.
Bien-être, quand tu nous tiens ! Manger BiO et veggie, activer le levier zéro déchet, se balader dans la montagne, s’y émerveiller de la lumière, ou dans la campagne, et parler aux arbres, reviendrait à privilégier une idéologie qui oblitère de fait la relation à l’autre et pétrifie la conscience dans une sorte de présentisme béat. Selon l’auteur, même faire du surf, c’est mou, narcissique, égocentré. Bon… Déjà que l’on n’aime pas trop les moelleux au chocolat, voilà qu’on se réjouit de ne pas tenir sur une planche de surf, même en rêve à Guéthary. Selon l’auteur, comme on est terrassé d’angoisse par l’ultralibéralisme, on compense en recherchant le bien-être. Voilà l’entourloupe. Ce n’est évidemment pas faux. Mais la faute à qui ? Au gilet chocolat, ou à l’ultralibéralisme ? 
Nous, osons le dire, le bien-être, on s’en fiche un peu. On trouve ça un peu ringard, même en BiO. Surtout en BiO. Parce que nous essayons avant toute chose d’être justes et que nous pensons que la BiO devrait être animée, comme elle l’était au départ, par cette aspiration profonde à la justesse dans sa dimension éthique, pas seulement par des mises en œuvre marketing plus ou moins réussies. Être juste consistant à nous accorder et nous ré-accorder avec nous-même, comme des musiciens de la vie, afin de nous situer au mieux par rapport à une société technocratique terriblement mortifère. Sans oublier, c’est essentiel pour nous, d’offrir un peu de bien-être à ceux qui se sentent dériver sur les flots de l’inhumanité ambiante, génératrice comme jamais de solitude sociale. Sûr qu’on ne va pas leur suggérer de se mettre au surf.
Même si le bien-être nous paraît d’évidence, comme à Benoît Heilbrunn, ressembler trop souvent à la mise en actes d’une passivité symbolique, à une forme de dynamique dépressivante, à une soumission à un ordre des choses globalisant, système Jivaro qui ne supporte pas qu’une tête résistante dépasse à l’horizon, même si… N’assimilons pas la quête de bien-être à une indifférence au monde mais, plutôt, à un soupir qui ponctuerait la sonorité symphonique de l’altérité. 
* Editions Robert Laffont

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