PAPILLONS ET ABEILLES

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Dans le jardin, des huppes sont venues. Au nombre de cinq, cette année. Beaucoup de papillons, aussi, en couple. Des jaunes, des bleus, des marron… Plus nombreux que jamais. Le cerisier croule sous les fruits, les rosiers anciens sont chargés de fleurs parfumées, les lavandes ont invité leurs copines gourmandes, autrement dit les abeilles qui virevoltent non stop, les pieds de courgettes prennent leurs quartiers d’été au point d’envahir le carré potager des tomates et des aromates alors qu’ils étaient restés chétifs l’année dernière, sans explication, refusant de s’épanouir comme ils ont coutume de le faire. Une abondance telle que se dévoile soudain une émotion forte devant tant de grâce.

À peine le temps de savourer ce bonheur simple, le cœur gonflé de gratitude et d’émerveillement, que le cerveau envoie des ordres de frustration. « Ça ne va pas durer, le changement climatique est à l’œuvre, estimetoi heureuse de contempler des papillons car ils vont disparaître en moins de temps qu’il n’en faut pour sortir de sa routine et mettre en place une vraie permaculture, individuelle et collective dans les champs voisins, c’est trop tard ». Légitime inquiétude écologique nourrie de lucidité ? Ou résistance à l’émotion positive qui ne sait où se tenir à force de joie qui confine à la béatitude ? Et s’il s’agissait des deux ?

À la fois (nous n’adhérons pas au « en même temps »), l’un et l’autre, l’une et l’autre, plutôt, de ces réactions qui n’ont de contradictoire que la forme, la surface tant et tant privilégiée au centre d’une pensée globalisante promue au rang de philosophie du siècle. Plus encore que duelle ou binaire, superficielle et vaine au point de privilégier l’instantanéité comme le référent absolu. Marchandisation du vivant oblige.

Les deux. En nous, lucidité, et résistance à l’émotion forte : sans doute inconsciemment corrélée à la première. Ils vont mourrir, ces insectes magnifiques, ils vont définitivement s’effacer de la planète, peut-être avant nous, peut-être pas. Et ces plantes, ces fleurs, ces fruits… Comment les aimer malgré tout ? Comment les aimer pleinement tout en sachant que, bientôt, au mieux dans quelques petites dizaines d’années, fini les papillons, fini les abeilles ?

Accueillir. Voilà comment les aimer. Accueillir tout ce qui fait frémir d’allégresse nos cellules. Prendre le risque de ressentir l’absence de limites et de conditions de cet amour sans laquelle il n’y a pas d’amour. « Sans fin ni commencement « : ce principe bouddhiste fonde notre amour, notre compassion et notre modeste sagesse. Inconfortable à souhait, parfois vertigineux, ce sentiment nous rappelle fermement à nous-même, à notre conscience qui se fraye un chemin entre les ronces, à notre vie d’une richesse infinie, d’une générosité telle qu’elle nous offre quotidiennement une palette de couleurs d’émotions digne des plus grands peintres et des plus grands poètes.

À nos pinceaux ! À nos crayons intérieurs ! Dessinons, écrivons notre cœur, singulier, qui bat de sa présence à l’instant. Sans oublier pour autant d’agir au quotidien, de systématiquement privilégier la protection de la planète en choisissant de manger veggie tous les jours, de réduire drastiquement ses déchets, par exemple. Il fait trop chaud et, malgré son paillage, le potager a besoin d’eau : il est temps d’honorer sa soif d’attention.

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