Le bonheur et la peur

visuel126Parler de Fêtes. De cadeaux, de plaisir. Penser à Noël, à la maison décorée, aux menus ciselés, aux paquets enrubannés. Pourtant, ne pas se défaire de ce sentiment d’insécurité qui serre le coeur tout autant qu’il étouffe l’esprit. Comme s’il planait une étrangeté, à la fois proche et inconnue, inquiétante. Et si c’était la peur ?

Là-bas, des hommes, des femmes, des enfants (enfants sur lesquels surfent la presse et les politiques afin d’émouvoir à coup sûr le citoyen déboussolé), des êtres humains dont les vagues géopolitiques des états font des noyés en puissance. En impuissance, plutôt. Ils habitent notre présent, de loin, très loin, parce qu’il faut tenir la peur à distance, oublier qu’elle rattrape toujours celui qui cède à son chant des sirènes : le populisme.

Ils s’appellent migrants, ou réfugiés, c’est selon l’humeur de nos dirigeants. Ils ne portent de nom, ou de prénom, que dans les grands titres de « l’information » ruisselante de promiscuité. Ils ont tous une histoire, la leur, la nôtre aussi et c’est là que le bâts blesse. Ils sont comme nous : ils avaient une maison, des menus de Fêtes, des paquets enrubannés. Ils n’ont plus rien. Et si c’était nous ? Nous qui perdions tout ?

Chaque matin, rituel d’évidence : un verre à thé syrien. Un drap de bain syrien. Un savon (d’Alep) syrien, évidemment. Une lampe en verre soufflé syrienne. Des objets boussole, comme une réminiscence continue d’une autre vie, un flux, pas de peur à laquelle résister mais une puissante énergie de paix, étale. L’autre, l’étranger, notre bonheur : la capacité de l’aimer, le désir de l’aimer. L’accueillir.