En temps voulu

couv-top-135Haïku. L’heure est au haïku. Petit poème japonais à la forme très codifiée (césure, référence explicite à la saison), le haïku traduit mieux que n’importe quel discours la brièveté des choses, l’impermanence illustrée par la nature, le détachement spirituel. Le temps d’un instant unique.
En ce mois de mai, le temps nous interpelle. Plus que quelques jours avant.. Plus que quelques jours d’ici… Plus que quelques jours pour savoir… De ces instants d’attente, cela nous est offert, savourons la paix, la lumière des jours du printemps qui s’étire, le balbutiement d’une aube tout en rose, la chaleur d’un couchant en pleine majesté solaire.
Si nous prenions le temps, plutôt que de laisser le temps nous prendre, à la gorge, de court, ou par surprise ? Prenions le temps de métaboliser le fait qu’une situation n’est jamais que le résultat d’un jeu d’interdépendances dont nous ne sommes pas absents. Du résultat à venir, en ce mois de mai qui ne conjugue pas comme un dû, pour une fois, le présent du verbe plaire, la graine germe depuis longtemps. En nous, chez l’autre, dans les cellules de chacun.
Pour obtenir, en temps voulu, le résultat souhaité, tout à sa subjectivité, qu’avons-nous fait ? Qu’avons-nous dit ? Qu’avons-nous laissé faire ? Laissé dire ? Qu’avons-nous semé ? A dessiner notre futur par nos choix, écologiques, biologiques, antispécistes, nous nous inscrivons dans une collectivité en mouvement, sachant que les BiO, ne soyons pas naïfs, ne brillent pas tous par leur humanisme, leur intérêt pour la cause animale, leur engagement pour les plus défavorisés, pour un autre modèle de société, d’économie. Les animaux, les femmes, les gays, les migrants, les sans-abris, ne constituent pas un centre d’intérêt majeur pour beaucoup de consommateurs BiO et d’acteurs de la filière BiO. Nombreux sont ceux qui ne voient pas le rapport. Nous, si.
Accueillir l’altérité quand la différence bouscule notre confort, la souffrance quand il y a souffrance, la joie quand celle-ci naît du présent : au cœur de cet espace sans commencement ni fin, vit et s’aiguise le temps de la conscience. D’un haïku, émane le bonheur d’être partie prenante de ce temps qui nous est accordé, microscopique, macroscopique, cosmique. D’un haïku, quoiqu’il advienne, voir naître et renaître notre chère liberté.