CE PRINTEMPS-LÀ

« Pourquoi mes dessins sont-ils ressentis comme un répit dans ce tourbillon de nouvelles effrayantes ? » se demande David Hockney dans sa « Lettre d’intérieur » lue par Augustin Trapenard, sur France Inter, le 16 avril 2020. Pourquoi ? Parce qu’ils « témoignent du cycle de la vie qui recommence ici avec le début du printemps, répond le célèbre peintre britannique. Comme des idiots, nous avons perdu notre lien avec la nature, alors même que nous en faisons pleinement partie. Tout cela se terminera un jour. Quelles leçons saurons-nous en tirer ? »

Quelles leçons tirer de ce cauchemar ? Pour celles et ceux d’entre nous qui ont passé ces longues journées définies par un contexte mortifère dans un cadre débordant de nature, la vie n’a cessé de jaillir à portée de regard. Au-delà de cette course folle, au plus près de sa vocation consolatrice, du salvateur sentiment d’élévation, la nature, son rythme, son silence, sa paix. La nature, printanière, aux paroles de fleurs. Les pommiers, les cerisiers, les clématites, les lilas, les glycines : tous ont chant. la vie, tous ont joué la même partition parfumée d’abondance et de joie. Malgré tout. Une leçon.

Peintre de la nature, David Hockney nous avait offert, au premier jour du printemps, quatre jonquilles pouss.es sur une herbe d’un vert éclatant et détachées d’un ciel exquis. Un tableau ainsi légendé : « Do remember they can’t cancel the spring » (« Rappelez-vous bien qu’ils ne peuvent annuler le printemps »). En France, le confinement commençait et David Hockney, qui séjournait en Normandie, semait ainsi dans notre coeur, pour les temps à venir, de précieuses graines de présence à l’instant mêlées de gratitude. Son tableau s’imprimait dans notre esprit et nos jonquilles . nous, à la campagne, rejoignaient en ces jours teintés de sombres accents sa composition ravissante, ses mots qui sonnaient comme une injonction essentielle dans laquelle l’émerveillement se conjuguait à l’attention. Nous n’avons pas oublié. Rien ni personne ne peut annuler le printemps. Vêtu d’élégance et d’humilité, chacun de nous ne se doit-il pas de porter des jonquilles, ne serait-ce qu’une seule, de ce printemps-là, au creux des mains, des yeux, de la pensée ? Une fleur de fragilité et de grâce. La moindre des offrandes à accomplir, en écho à la générosité de la nature, à son amour inconditionnel offert à la douleur de l’Homme.

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