A good heart

visuel108Un ami tibétain, grand maître de méditation, donnait récemment ce conseil à son auditoire européen à la recherche de la meilleure façon d’avancer dans la vie. « Ayez simplement un bon coeur » leur a-t-il indiqué. «  A good heart ».

Un bon coeur… Effectivement, quoi de plus simple aujourd’hui, dans notre activité, que s’efforcer d’avoir un bon coeur ? Quoi de plus simple et quoi de plus difficile ? Face à l’envie, la jalousie qui vient attiser notre colère, ou, sur un plan global, la perversion d’un système politique verrouillé qui tend à faire passer les OGM et le nucléaire pour des lanternes, par exemple, comment ne pas lâcher l’essentiel : avoir un bon coeur ?

Gilles-Eric Séralini* (que nous soutenons aujourd’hui plus que jamais, cela va sans dire) en sait quelque chose, lui qui travaille inlassablement à mettre en lumière le danger des OGM au plan alimentaire, des biotechnologies appliquées sans discernement dans le seul but de générer des profits énormes au détriment de la santé de millions de personnes, au détriment de la terre elle-même. De la vie.

Aujourd’hui, celui qui parle se place en risque majeur, comme si la parole était confisquée par l’économie mondiale, sous la menace. Ne pas parler des risques des OGM, ne pas parler de ci, ne pas parler de ça, y compris dans la BiO. Etre chercheur, être journaliste ? Des métiers à pleurer, parfois, lorsqu’ils sont pratiqués avec a « good heart » qui n’exclut ni la technique ni la rigueur.

Pleurer de consternation devant cette confiscation du sens ? Oui, avec autant de fierté que d’humilité, mais pas longtemps car la détermination ne compose pas avec un trop plein d’émotions perturbatrices. Avoir un bon coeur ne signifie pas être une victime, ni un béni oui-oui. Pas plus qu’un chef de file de la consensëualité. Encore moins un marchand d’intentions mises en balance avec des apports publicitaires. Au hasard. Avoir un bon coeur signifie se battre : pacifiquement, mais se battre.

Gilles-Eric Séralini confie avoir pleuré à Fukushima et ceci n’entrave pas son avancée, envers et contre tous les obstacles érigés par les lobbies. Bien au contraire, ces larmes la nourrissent. Oui, nous pleurons. Oui, nous rions. Oui, nous sommes humains et nous efforçons d’avoir un bon coeur. Oui, nous avançons en que^te de vérité, de beauté, d’intégrité pour lesquelles nous combattons, nous résistons, et pour lesquelles personne ne nous empêchera de faire front. Ici réside l’essentuel, le sujet de notre démarche éditoriale de toujours.

*Auteur de « TOUS COBAYES » chez Flammarion