Embrasser le langage

Capture d’écran 2016-08-18 à 19.00.56Au seuil de la porte, un oranger. Les fleurs sont en boutons, les parfums nous sourient. Ils sont bien là. Une certaine permanence des choses ponctue notre aspiration au bonheur. Les uns, les autres, nous avons besoin de repères, et la nature renouvelle ses offrandes malgré notre peu de conscience de cette bienveillance.

Nous qui nous prenons pour les chefs d’orchestre du climat alors que nous ferions bien d’interpréter notre propre partition sans fausses notes et autres discordances à la clef. Les fleurs d’oranger jouent les madeleines de Proust dans notre esprit très marrakchi, alors que le jasmin s’invite à les rejoindre dans son abondance de fragrances. Un peu trop tôt, encore, dans la saison. Des parfums hespéridés, à l’heure des premiers chants de la huppe. Le rythme de la planète.

Mais où sont les huppes, cette année ? Point de chant au petit matin, pas plus dans la journée. Seul le coucou s’égosille sans complexe, comme à l’accoutumée. Cette nuit, un cri, dehors. Sursaut dans la maison. Ce n’était qu’une chouette, tout près, bien décidée à nous surprendre dans le recueillement qui borde le sommeil. Aimer les chouettes, nous sommes encore quelques femmes à nous reconnaître autour de cet oiseau de connivence et d’intuition. Elles sont bien là. Les sons et les parfums…

Harmonie du soir, harmonie de la vie. Fidélité à Baudelaire. Notre « coeur tendre [qui] hait le néant vaste et noir » et la culture, sa belle ampleur, nous épargne la peur du vide. Poésie, langage dans le langage… Il nous faut nourrir, chérir, sauver, embrasser le langage. Plus que jamais, sans relâche, afin que resplendisse, traversant le néant de l’ignorance, notre désir. Notre pulsion de vie.